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Morale, progrès et République

mercredi 31 mai 2017, par Didier Cugy

Progrès et République : La logique du réfutable

Le 1er Juillet 1766 fut exécuté à Abbeville François-Jean Lefebvre de la Barre. Reconnu d’avoir commis, le 9 Août 1765, le sacrilège de dégrader la statue du christ qui s’élevait sur le pont neuf d‘Abbeville.
Pour ces faits, sur la base de témoignages et du fait qu’il fut trouvé à l’occasion d’une perquisition à son domicile des livres interdits dont le dictionnaire philosophique de voltaire (considérés comme contraires à la morale). Il fut condamné aux galères. Par malheur pour La Barre, l’évêque d’Amiens et les notables locaux (encouragés par d’influents dévots attachés à la tradition) souhaitaient faire de ce cas un véritable exemple. Après appels auprès des parlements d’Abbeville et de Paris, cette peine fut commuée en peine capitale.
La sentence le condamnait :

  • 1. A souffrir le supplice de l’amputation de la langue jusqu’à la racine, ce qui s’exécute de manière que si le patient ne présente pas la langue lui-même, on la lui tire avec des tenailles de fer, et on la lui arrache.
  • 2. On devait lui couper la main droite à la porte de la principale église.
  • 3. Ensuite il devait être conduit dans un tombereau à la place du marché, être attaché à un poteau avec une chaîne de fer, et être brûlé à petit feu.

Cette condamnation était privée de base légale ; la Déclaration du 30 juillet 1666 sur le blasphème ne prévoyant pas la peine de mort. Il fut établi par la suite que le Chevalier de la Barre était dans sa chambre la nuit de la dégradation du crucifix à l’origine de l’affaire.
En 1897, un comité de libres-penseurs obtient l’érection d’une statue du chevalier de La Barre devant la basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre. la statue est déboulonnée le 11 octobre 1941 par le gouvernement de Vichy.

Cette affaire témoigne de l’importance de la réfutabilité en ce qui concerne la justice et des mesures qui furent prises dans le contexte de la Révolution Française pour permettre la réalisation de l’utopie des lumières. Philosophie qui repose avant tout sur la certitude que le progrès est toujours possible et que la rationalité et la rigueur sont à l’origine du progrès.

Le progrès étant conçu comme la capacité à se donner les moyens de réaliser toutes les choses possibles. Bacon grand défenseur du progrès en subit les conséquences à l’occasion de sa condamnation pour sodomie en mai 1621.
Du fait des capacités limitées de la connaissance humaine, la réalisation du progrès nécessite la concomitance de nombreux facteurs à même d’offrir à l’esprit humain la connaissance de ses limites pour pouvoir les dépasser.

L’accès au réel par la liberté ; à un référentiel commun par l’unification des poids et mesures ; à une égalité du traitement par la loi ; à la diffusion fraternelle de la connaissance par l’encyclopédie universelle forment le socle du progrès des lumières.

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